Anne Morgan, une femme-témoin de la vie des civils


La Première Guerre mondiale fait de nombreux morts dans les tranchées, mais elle n’épargne pas non plus les populations civiles :

  • Quand les Allemands envahissent la Belgique, surpris par la résistance des Belges qui freinent leur progression, ils tuent des civils (hommes, femmes et enfants confondus) en représailles : 200 civils dans l’incendie de Louvain, 400 otages exécutés à Tamines, 200 à Andenne, 670 à Dinant...
  • Lors de leur avancée dans le nord de la France, les Allemands incendient des villages, bombardent des villes sans défense et causent la mort de 6 000 civils.
  • Pendant quatre ans, les Allemands occupent une dizaine de départements du Nord et de l’Est de la France. Les actes de résistance des populations occupées sont sévèrement sanctionnés : lourdes amendes et exécutions sommaires. L'objectif est de décourager les actes de résistance et de s’assurer la coopération des habitants.

L'oeuvre humanitaire d'Anne Morgan en Picardie

Anne Morgan (1873-1952) est la fille d'un riche banquier américain. Quand la guerre éclate, elle décide d’employer son temps et son argent à des œuvres humanitaires. En juin 1917, avec un groupe de femmes américaines, elle s’installe dans les ruines du château de Blérancourt, dans l’Aisne. Après une grande collecte de fonds organisée aux États-Unis, elle fonde en 1918 le Comité américain pour les régions dévastées (C.A.R.D.)

 

Pendant sept ans, Anne Morgan et 350 bénévoles américaines sillonnent la Picardie à bord de leurs camionnettes Ford afin de secourir, soigner, distribuer du ravitaillement.

 


Deux photos-témoignages du fond "Anne Morgan"

Anne Morgan et ses volontaires américaines quittent Blérancourt en 1924. Elles laissent derrière elles un grand nombre de films et de photographies qui nous permettent maintenant de découvrir la vie quotidienne et les conditions de vie des populations sinistrées.

 

Voici deux photographies tirées de ce fonds, prises dans des villages proches de Soissons.

La maison de Madame Bazin à Nouvron

Nouvron-Vingré est un village de l'Aisne situé sur la ligne de front. De 1914 à 1917, il essuie les tirs croisés des Français et des Allemands. Dans la nuit du 19 au 20 septembre 1914, il est envahi par les troupes allemandes. Celles-ci brûlent les habitations et tuent, en représailles, la population civile. À la fin de la guerre, il n’est plus qu’un vaste champ de ruines.

 

Cette photo montre une vieille femme, madame Bazin, seule, assise devant sa maison dont ne subsistent que les murs. Les mains posées sur ses genoux, elle contemple les ruines du village de Nouvron-Vingré. Au premier plan, on voit une camionnette du C.A.R.D.

Source : Musée franco-américain du château de Blérancourt (Blérancourt)
Source : Musée franco-américain du château de Blérancourt (Blérancourt)

Une famille réinstallée dans un abri militaire

Pendant la guerre, les villes et villages situés près du front ont été très exposés aux bombardements. Des villages entiers ont été rasés. Au total, dans le nord de la France, 289 000 maisons ont été détruites, 422 000 sévèrement endommagées ; 11 000 édifices publics – mairies, écoles, églises… – étaient à reconstruire. Beaucoup de familles, dont les maisons avaient été endommagées voire détruites, n’ont pas eu le choix : elles ont dû se réfugier dans des caves, dans des carrières de pierre ou dans des grottes – les « creutes ». 

 

Cette photo, prise dans le village de Chavigny dans l'Aisne, montre une famille dont la maison a été détruite par les bombardements. Réfugiés dans un abri souterrain, le couple et ses six enfants vivent désormais sans le moindre confort, dans des conditions d’hygiène et de salubrité douteuses.

 Source : Musée franco-américain du château de Blérancourt (Blérancourt)
Source : Musée franco-américain du château de Blérancourt (Blérancourt)

De 1917 à 1924, le Comité Américain pour les Régions Dévastées d'Anne Morgan a joué un grand rôle dans la reconstruction des villages sinistrés de l’Aisne.