Correction de l'étude de la lettre de Manouchian


Voici la correction des questions d'analyse portant sur la lettre de Manouchian.

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1. Les caractéristiques d'une lettre

→ Nommez 4 éléments qui permettent d'identifier ce texte comme une lettre.

La forme du texte est conforme à la présentation typographique d'une lettre. On relève :

  • une date ("le 21 février 1944")
  • une formule d'appel initiale ("Ma chère Mélinée") et une formule de politesse finale ("Je t'embrasse bien fort")
  • la mention d'un expéditeur ("Michel Manouchian") et d'une destinataire ("Mélinée")
  • un post-scriptum

2. Une lettre testamentaire

→ Pourquoi peut-on qualifier cette lettre de testament ? Pour enrichir votre réponse, appuyez-vous sur le champ lexical de la mort, relevez les termes habituels du testament et analysez les temps et modes des verbes des §4, 5 et du P-S.

  • Dès le §1, Manouchian annonce sa mort imminente : "Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde". Il en détaille précisément les circonstances : "Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures", "Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure". Le champ lexical de la mort parcourt toute la lettre : "je ne serai plus de ce monde", "je meurs", "au moment de mourir", "je meurs en soldat", "je mourrai", "je dirai adieu à la vie". Il sait que cette lettre est la dernière qu'il écrira.

  • C'est pourquoi elle a l'allure d'un testament. Manouchian utilise le vocabulaire traditionnel du testament : "accomplir ma dernière volonté", tous mes biens", "je les lègue". Et, comme dans tout testament, il indique à sa légataire les dispositions à prendre après sa mort. Il donne ses instructions en utilisant des temps et modes injonctifs. Dans le §5, il emploie le futur de l'indicatif à valeur de prière : "tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre", "tu feras éditer mes poèmes", "tu apporteras mes souvenirs [...] à mes parents". Dans le §4 et dans le PS, il recourt au présent de l'impératif : "marie-toi", "rends mes dettes", "donne le reste à Armène".

3. Un message d'amour adressé à plusieurs destinataires

→ Cette lettre est un message d'amour. Qui sont les 4 destinataires de ce message ?

Dans cette lettre, Manouchian envoie un message d'amour à 4 destinataires.

  • D'abord, il s'adresse à sa femme, comme le montrent le vocabulaire affectif : "ma petite orpheline bien-aimée", "ma bien chère femme", "je t'embrasse bien fort". La complicité fusionnelle du couple est exprimée par la multiplication des déterminants possessifs de P1 et P2 : "ma chère Mélinée", "ma petite orpheline", "ma femme", "ma bien chère femme", "ton ami, ton camarade, ton mari". Manouchian exprime ses regrets de ne "pas l'avoir rendue heureuse" comme elle le méritait et de ne pas avoir eu d'enfant avec elle. Il pense à son bonheur à elle : "je te prie donc de te marier après la guerre". Il s'assure de son confort matériel et financier : "tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre"

  • La lettre est secondairement adressée à ses parents et amis à qui il fait de chaleureux adieux : "je dirai adieu à la vie et à vous tous [...] mes biens chers amis", "je les lègue à toi, à ta soeur et à mes neveux", "je t'embrasse ainsi que ta soeur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près".

  • La lettre a également comme destinataire indirect la "belle nature [qu'il a] tant aimée" puisque le poète se réjouit de mourir "en regardant le soleil".

  • Enfin, la lettre a un destinataire indirect plus universel. La déclaration solennelle "je proclame que je n'ai aucune haine" s'adresse à l'humanité tout entière, tout comme les vœux de bonheur formulés dans le §2 et 3 : "bonheur à ceux qui vont nous survivre", "bonheur à tous".

4. Une lettre porteuse d'espoir

→ Pourquoi peut-on dire que cette lettre est porteuse d'espoir ? Appuyez-vous sur le texte pour répondre.

Alors qu'elle est écrite par un homme sur le point de mourir, cette lettre est tout sauf pessimiste. Elle est porteuse d'espoir. La répétition des mots "liberté" et "paix" exprime l'optimisme de Manouchian :

  • Il martèle sa certitude que la Libération de la France approche : « Je meurs à deux doigts de la Victoire », "Bonheur à ceux qui vont [...] goûter la douceur de la Liberté", « la liberté de demain »
  • Il ne doute pas du retour à la paix : "la paix de demain", "la guerre qui ne durera plus longtemps", "tous les [...] peuples vivront en paix"
  • Il a la vision de l'avènement d'un monde fraternel et heureux : "tous les [...] peuples vivront [...] en fraternité"

De plus, au lieu de se montrer aigri et revanchard, Manouchian précise qu'il ne déteste pas ceux qui, pourtant, s'apprêtent à le fusiller : "je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand", "je l'ai fait sans haine". Il choisit la clémence pour "ceux qui [lui] ont fait du mal" qu'il pardonne de bon coeur (à l'exception du traître qui a dénoncé son réseau à la police). En effet, il sait que le pardon est le seul moyen de restaurer une paix durable. Il ouvre la voie et montre le chemin : si un condamné à mort peut pardonner ses bourreaux à l'heure de son exécution, alors l'espoir d'une réconciliation entre les peuples est permis. 

5. Le portrait d'un homme sensible, courageux et honorable

→ Le portrait de Manouchian qui se dégage de cette lettre est-il identique au portrait que fait de lui l'Affiche Rouge ? 

Cette lettre-testament, émouvante, dresse le portrait d'un homme sensible, patriote, courageux et bon. Cette image est en totale opposition avec celle que donnait de lui l'Affiche Rouge. Comme cette lettre est rédigée par un homme qui ne cherche pas manipuler son destinataire (c'est une lettre privée, pas une affiche publique), on doit lui accorder plus de crédit qu'à l'image trafiquée que renvoie l'Affiche Rouge. D'ailleurs, la lettre démonte, sans le vouloir, tous les mensonges de la propagande :

  • Manouchian est un "soldat volontaire" de "l’armée de la Libération" → ce n'est pas un criminel.
  • Il est "soldat régulier de l’armée française", sa femme aura droit à la pension des veuves de guerre françaises → ce n’est pas un étranger.
  • Il milite avec ferveur et désintéressement pour la liberté et la paix → ce n’est pas une machine à tuer dépourvue d’humanité.
  • Ses compagnons et lui se battent pour une noble cause → ce ne sont pas des lâches qui répandent gratuitement la violence.